sur la vision de l’information, à travers l’Histoire

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Lors des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, un événement incontournable pour qui veut voir l’actualité sous un axe historique, avec le thème 2026 sur les marchands, j’ai pu profiter d’échanges pertinents entre spécialistes pour comprendre des sujets aussi variés que les Vikings, la préhistoire du genre, les Gaulois, la confiance dans les marchands au 16è siècle ou sous l’ancien régime, ou une vision des « marchands de doute et de promesse ».

 

 

La première table ronde traitait de « DES MARCHANDS DE DOUTE AUX MARCHANDS DE PROMESSES. LA FABRIQUE DE L’INCERTITUDE AU COEUR DU BACKLASH ENVIRONNEMENTAL »

Modération Laure TEULIERES, maîtresse de conférences a l’Université de Toulouse Jean-Jaures ; Intervenants : Étienne DUFOUR, postdoctorant du PEPR Recyclage a l’Université Reims Champagne-Ardenne, Fabienne JOUTY, doctorante en histoire contemporaine a Sorbonne Université et au SIRICE, Valentin THOMAS, chargé de recherche au CNRS

  • La fabrique sociale de l’ignorance, démarrée dans les années 50 (cf « golden holocauste » avec Philip Morris)
  • Certains industriels sont des marchands de doutes : ils noient les infos scientifiques, financent de la « mauvaise science » que sont des études sur des sujets redondants ou micro-études pour masquer les vraies questions
  • Il y a là un caractère systémique, et aussi du système social, pas seulement des industriels.
  • Le système est pernicieux car propose d’articuler doute en exprimant des promesses

 

  • Pour rappel : la notion de déchet
    • 19è siècle : « zéro déchet » car les déchets sont organiques qui deviennent engrais et sinon récupération
    • 20è siècle : les déchets organiques sont composés d’engrais dès 1960 et après-guerre déjà a sonné la fin du recyclage/compostage à cause de la croissance urbaine, des engrais chimiques et de l’arrivé des plastiques
    • A partir de là : encombrement avec des objets moins durable et chamboulement du tri
    • Promesse d’abondance vs production massive de déchets massive
    • Et pourtant, dès 1970, naissait la conscience de cette incohérence avec le début des attaques vers les producteurs de plastique (par les écologistes et la société civile)
    • Et dès 170, les producteurs de plastique vont contrer

 

  • Dans l’étude des causes de cancer, avec du plurifactoriel, on retrouve une démarche en 2 temps de gestion du sujet :
    • Une approche avec la construction de normes scientifiques
    • Une autre approche avec des acteurs économiques créant des zones d’incertitude
    • Ex avec le glyphosate : classé interdit en 2015, puis tensions économiques, minimisation voire contestation et production de controverses avec de nouveaux cabinets d’expertise è remise sur le marché
  • 3 piliers pour expliquer l’inaction : 1 les lobbys industriels, 2 l’obstruction à bas bruit dans l’administration et 3 les arènes onusiennes = on crée le doute puis arrive l’inaction

 

  • Dans l’étude d’archives des grands acteurs du pétrole, on peut lire clairement la neutralisation de la taxe carbone/énergie à Rio qui était envisageable, d’autant que le consensus scientifique était établi depuis 10 ans et que le rapport du GIEC permettait de faire bouger les politiques et que l’American Petroleum Institut connaissait l’impact sur la dérive climatique, documentée en interne depuis 1970. Mais les industriels en sont arrivés à proposer des mesures compatibles avec leurs enjeux (doute) et des solutions fossiles pour gérer la transition énergétique (promesse), l’inaction était à l’œuvre.

 

  • Les industriels pensent : « Il ne faut pas qu’on interdise nos produits ». Ils vont parler de recyclage alors qu’il y a fragmentation (du micro au nano dans l’air) et même pas dégradation des matières plastiques. En 2021, le paillage plastique dans l’agriculture a été interdit, alors que des pharmaciens alertaient dès 1973. La fabrique de l’invisibilité : « aucune nuisance visible, rien à craindre. »

 

  • Les industriels ont créé un marché de la solution technique : c’est pourtant bien impossible de faire quoi que ce soit ; à moins d’inventer un tracto-pelle de la taille de l’Europe.
  • En plus, des scientifiques promettent de produire des brevets achetés par des industriels !
  • Les populations sont sorties de la conversation industriels/scientifiques alors que le temps de la recherche n’est pas le temps des personnes exposées ni celui de la politique.
  • L’incertitude est transformée en argument politique – Les industriels promettent une efficacité économique (cf marche commun pour vivre mieux après 45, en Europe) avec un Engagement de l’industrie à baisser le co2 (avec Total qui joue avec les quotas sans réguler sa production), un vocabulaire « compétitivité » et une promesse écologique avec le pétrole propre ( cf méthane en 99)

 

Une autre conférence sur « Peut-on faire confiance aux marchands ? » permet de faire le tour de la connaissance en termes juridiques de la construction de la confiance chez les marchands depuis le moyen-âge 

Intervenants : Luisa BRUNORI , Professeur de droit, spécialiste du droit des affaires – François GIPOULOUX , directeur de recherches au CNRS et spécialiste Japon-Corée-Chine  – Simona CERUTTI , historienne spécialiste de l’ancien régime et des corporations à Turin – Mathieu MARRAUD , historien au CNRS.

Au 16è siècle, faire confiance c’est construire un environnement juridique qui construise la confiance. A été trouvé un contrat rédigé entre deux amis pour des graines de courge.

Il n’y a pas toujours eu des écrits car ils étaient surtout produits s’il y avait un contentieux et donc un contexte possiblement judiciaire et conflictuel (besoin de certification de droits ou délimitation de l’aire du conflit pour continuer).

Le papier accompagne le contentieux dans un contexte de flux car l’engagement d’un marchand c’est une performance. L’évocation de l’oralité est encore forte au 18e même sur une affaire commerciale de centaines de livres. Sous l’ancien régime, les marchands de Flandre voulait rédiger mais les Parisiens bloquaient. Pour eux, l’espace, la rue, le lieu connu, l’enseigne (ex St Denis, St Antoine, St honoré) disait quelque chose l’honorabilité et « suffisait ».

Aujourd’hui, l’apriori tenace est sur l’écrit plus solide et plus moderne que l’oral. Mais le procès permettait d’arriver à un accord entre les deux parties mais pas la preuve de la vérité, dans le monde des marchands.

Pour faire un parallèle avec d’autres figures du marchand et comme le précisait Anne Lehoërff, qui présentait son nouvel ouvrage collectif, « Histoire des Celtes » (Tallandier, 10.2026), c’es sans doute l’artisanat et le commerce qui sont les piliers de la civilisation celte, si tant est qu’elle a existé :

  • Ce qui a fait la civilisation celtique est ce qui rassemble : arts, religion, artisanat, construction, etc. Capacité à associer des matériaux. Orfevrerie. Polychromie. Cela existant bien avant la conquête romaine.
  • Dynamisme et interconnexion Des échanges et du commerce. « Bronzisation » du nord au sud.

Et un autre parallèle avec les Vikings (cf conférence avec 2 spécialistes de la question) peut être fait :

intervenants : Lucie MALBOS, maîtresse de conférences a l’Université de Poitiers – Jean RENAUD, professeur émérite a l’Université de Caen 

  • Ils ne s’attaquaient pas aux églises mais cherchaient des objets de valeurs ; et les moines servaient en esclavage ou pour obtenir une rançon.
  • Les expéditions étaient coûteuses (avec paysans et ses outils : hache, lance) vs les épées des Francs car les Vinkings avaient du fer de mauvaise qualité
  • Sociétés foncières, terrienne : bois planches, fer forets et laine pour voile.
  • La loi est importante, avec des droits pour hommes et femmes. Même des droits aux esclaves !

De quoi réfléchir à la vision de l’information, comme enjeu de pouvoir, dans des contextes historiques radicalement différents.

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